Notre lecture
Comment sent Polo ?
Lancé en 1978 et composé par Carlos Benaïm, Polo a donné une odeur à l’univers équestre et preppy de Ralph Lauren, dans son flacon vert émeraude devenu emblématique. L’attaque est franchement aromatique : armoise, basilic et thym dessinent une verdure sèche, presque médicinale. Le cœur s’épaissit avec le pin, le patchouli et la mousse de chêne, accord résineux et terreux qui évoque une forêt humide autant qu’une vieille bibliothèque. Le fond, cuir, tabac et musc, apporte la patine d’une selle bien cirée et d’un fauteuil fumé. Tout est dense, ombrageux, puissamment diffusif ; Polo appartient à cette génération de masculins qui ne cherchaient pas à plaire à tous, mais à affirmer un caractère.
Quand le porter
À réserver aux saisons froides et aux vêtements épais : tweed, laine, cuir ; il séduit les amateurs de fougères vertes et de masculins d’avant la vague aquatique.
L'histoire de Polo
En 1978, Ralph Lauren n’a encore jamais vendu de parfum. Le créateur new-yorkais en lance deux d’un coup cette année-là, Lauren pour les femmes et Polo pour les hommes, avec l’idée de faire sentir sa garde-robe de country-club. Carlos Benaïm, alors chez IFF, compose pour lui une fougère verte d’une densité rare. À la fin des années 1970, les masculins américains sentent encore souvent l’épice sucrée ou l’after-shave de barbier. Polo arrive avec des herbes sèches, du pin et de la mousse de chêne à forte dose : une odeur de forêt et de sellerie plutôt que de salle de bains. Le flacon en verre vert sombre à bouchon doré devient la silhouette de toute la ligne. Le nom vient de la marque de vêtements elle-même, lancée par Lauren à la fin des années 1960. Les déclinaisons tirent ensuite Polo vers d’autres couleurs. Polo Sport sort au milieu des années 1990. Polo Blue arrive en 2003 et Polo Black en 2005, puis Polo Red en 2013. Aucune n’a gardé la verdure résineuse de l’original, qui reste à part dans la gamme.
Notre avis détaillé
Sur peau, les dix premières minutes sont les plus rudes. L’armoise et le thym sortent secs, presque pharmaceutiques, et le pin suit aussitôt avec une odeur de sève fraîche. Nous avons pensé à une armoire de chalet ouverte après l’hiver. Au bout d’une heure, la mousse de chêne et le patchouli prennent le dessus : c’est sombre, humide, avec un grain de terre. Le cuir et le tabac ne se montrent vraiment qu’après trois ou quatre heures. C’est là que Polo devient beau, plus rond, avec une odeur de vieille blague à tabac. Ce qui fonctionne, c’est la cohérence : rien de sucré, rien de décoratif, une seule idée tenue jusqu’au bout. Le défaut saute aux yeux. Une pulvérisation de trop et l’attaque devient agressive, surtout dans une pièce chauffée. Les flacons récents nous semblent aussi un peu plus minces que les anciens, ce qui se comprend depuis que la mousse de chêne est encadrée par la réglementation. Il ira aux amateurs de chypres et de fougères classiques, à ceux qui vivent en laine. Les habitués des boisés ambrés sucrés le trouveront vieux et sévère.
Polo face à ses rivaux
Drakkar Noir partage avec Polo le basilic, le cuir et la mousse de chêne, mais la lavande et le romarin le rendent plus propre, plus savonneux. Polo est plus boisé et plus terreux, avec ce pin absent de Drakkar. Pour une fougère des années 1980 qui passe au bureau, Drakkar est le choix le plus facile. Kouros est une autre bête. L’armoise et le cuir sont communs, mais la civette, le miel et la vanille en font un parfum animal et sucré que Polo n’est jamais. Kouros pour provoquer, Polo pour sentir la forêt. Jazz reprend lui aussi l’armoise et la mousse de chêne dans un registre plus fleuri, avec œillet, rose et tonka. C’est le plus élégant des trois et le moins puissant. Pour une première fougère verte, nous conseillons Jazz. Pour l’expérience complète du pin et du cuir, rien ne remplace Polo.
Tenue, sillage et usage
Polo est une eau de toilette qui se comporte comme un extrait. Sur la plupart des peaux, comptez huit à dix heures, davantage sur un pull en laine où le fond reste perceptible le lendemain. Le sillage est fort pendant les deux premières heures, puis il se resserre. Une pulvérisation suffit au bureau, deux au maximum en extérieur par temps froid. Vaporisez sur la poitrine, sous la chemise, plutôt que dans le cou : la chaleur du tissu arrondit l’attaque herbacée. Nous le déconseillons en été, quand le pin et la mousse deviennent étouffants. Il donne le meilleur d’octobre à février, en journée comme le soir.
Classé dans la famille fougère, aromatique , Polo fait partie des 3 créations de Ralph Lauren présentées dans notre encyclopédie.