Notre lecture
Comment sent Angel ?
Quand Angel paraît en 1992, rien ne lui ressemble. Olivier Cresp y fait se rencontrer la fête foraine et la forêt humide, et ce choc fonde la famille gourmande telle qu’on la connaît. L’ouverture est une nuée sucrée de barbe à papa et de noix de coco, traversée d’une cassia légèrement épicée. Au cœur, miel, chocolat et caramel forment une pâtisserie dense, presque collante. Mais le vrai sujet, c’est le patchouli du fond : terreux, camphré, un peu moisi, il tire cette confiserie vers quelque chose de sombre et d’adulte, que vanille et fève tonka viennent envelopper. Ce contraste permanent entre douceur enfantine et terre mouillée explique à la fois l’amour et le rejet qu’il suscite.
Quand le porter
À réserver au froid et aux soirées, en une ou deux touches. Il parle à celles et ceux qui aiment les parfums de caractère, sucrés mais jamais naïfs.
L'histoire de Angel
Angel est le premier parfum de Thierry Mugler, et le couturier ne voulait pas d’un floral de plus. Au début des années 1990, les grandes maisons misent sur la transparence et les notes marines. Mugler fait défiler des silhouettes de science-fiction. Il réclame un parfum bâti sur des souvenirs d’enfance : la fête foraine, les pommes d’amour et le chocolat. Olivier Cresp pousse l’éthylmaltol, cette molécule qui sent le sucre cuit, à une dose alors jamais vue et la confronte à une masse de patchouli. Le résultat déroute. La maison le lance quand même. Le flacon bleu en forme d’étoile se recharge dès l’origine grâce à des fontaines installées en boutique, une idée de recharge très en avance sur son époque. Le démarrage est lent, puis le bouche-à-oreille fait son œuvre. Angel ouvre ensuite toute une lignée : A*Men pour l’homme en 1996 et Alien en 2005. Viennent plus tard Angel Muse et Angel Nova, qui jouent chacun avec l’idée du gourmand sans retrouver le choc initial. Presque chaque gourmand au patchouli vendu aujourd’hui lui doit quelque chose.
Notre avis détaillé
Les dix premières minutes sont les plus dures à passer. Une vague de sucre brûlé et de coco sort tout droit d’un stand de barbe à papa, avec une cassia qui pique le nez. Vers la première heure, le miel et le chocolat prennent le relais et la peau sent la pâte à tartiner tiède. C’est là que le patchouli remonte. Il est terreux, un peu camphré, et il assèche peu à peu le sucre. Après quatre heures, Angel devient un patchouli vanillé presque sombre, bien plus élégant que son départ. C’est cette phase que nous préférons. Le défaut est connu : pendant les premières heures, il remplit une pièce, un ascenseur ou une voiture. Mal dosé, il fatigue l’entourage avant de fatiguer celle qui le porte. Il ira aux personnes qui aiment les parfums qui s’affirment, aux fans de patchouli et aux hommes tentés par le sucré, car rien ne les en empêche. Il déplaira à qui cherche une odeur de peau propre ou un floral léger. Notre avis : un grand parfum, à condition de le traiter comme un parfum du soir et de ne jamais dépasser deux pulvérisations.
Angel face à ses rivaux
A*Men, son frère de 1996, repose exactement sur le même socle de patchouli, de vanille et de fève tonka. Le caramel et le miel occupent aussi son cœur. La différence se joue en tête. A*Men remplace la barbe à papa par la lavande et la menthe, puis le chocolat par un café torréfié, ce qui le rend plus sec et plus goudronné. Prada Candy prend le chemin inverse avec caramel, benjoin et muscs poudrés, sans aucun patchouli. Il est plus doux et beaucoup moins clivant. Scandal de Jean Paul Gaultier garde le trio miel, caramel et patchouli mais y greffe un gardénia et une orange sanguine : un gourmand plus floral et plus actuel. Prenez Angel pour le contraste entre sucre et terre dans sa version la plus radicale. Candy convient mieux pour un caramel propre qui passe au bureau, Scandal pour du miel en soirée sans le côté camphré. Et si vous aimez l’ADN d’Angel mais le trouvez trop confiserie, A*Men est la bonne porte d’entrée.
Tenue, sillage et usage
Noté 5 sur 5 en intensité et vendu en eau de parfum, Angel fait partie des parfums les plus tenaces que nous connaissions. Comptez huit à douze heures sur peau, souvent plus, et une écharpe en laine encore parfumée le lendemain. Le sillage reste large pendant les trois premières heures. Une pulvérisation suffit en intérieur. Deux, c’est le maximum pour une soirée dehors. Visez la base du cou ou l’intérieur des poignets et épargnez les vêtements que vous comptez remettre bientôt. Il est taillé pour l’automne et l’hiver, pour le soir et les dîners. Au-dessus de 25 °C, il devient pâteux et lourd. Au bureau, une seule touche sous la chemise reste envisageable.
Classé dans la famille oriental / ambré, gourmand , Angel fait partie des 6 créations de Mugler présentées dans notre encyclopédie.