Clou de girofle : quelle odeur ?
Approchez le nez d’un flacon d’essence de girofle et c’est le cabinet du dentiste qui revient : l’eugénol, sa molécule principale, sert depuis longtemps dans les pansements dentaires. Derrière cette impression clinique se cache une épice ronde et boisée, à peine fumée. Un soupçon de fruit sec aussi. Dosé finement, le girofle chauffe une composition sans la signer. Surdosé, il devient brûlant et écrase le reste. Sur la peau, il tient bien et s’adoucit en une tiédeur poudrée qui rappelle l’œillet.
Origine et fabrication
Le giroflier (Syzygium aromaticum) est originaire des Moluques, en Indonésie, longtemps appelées les îles aux épices. Les Portugais puis les Hollandais se sont disputé ce commerce pendant des siècles. Aujourd’hui, Madagascar, Zanzibar et l’Indonésie dominent la production. On cueille les boutons floraux avant l’éclosion, puis on les fait sécher au soleil jusqu’à ce qu’ils brunissent. L’huile essentielle s’obtient par distillation à la vapeur des clous. Les feuilles et les tiges se distillent aussi et donnent une essence plus brute.
L'usage en parfumerie
Le girofle est la colonne vertébrale de l’œillet : sans eugénol, pas d’accord œillet crédible. Il s’associe volontiers à la cannelle, à la muscade et à la rose, et donne du relief aux bois comme aux résines. Opium d’Yves Saint Laurent le pose dès la tête en 1977, au milieu d’un nuage d’épices. Coco de Chanel, composé par Jacques Polge en 1984, le glisse au cœur d’un oriental plus ambré. Chez Serge Lutens, Féminité du Bois l’enroule autour du cèdre avec une sécheresse qui reste rare.
Comment la porter
Le girofle se porte d’octobre à février, sous un manteau de laine plutôt qu’en tee-shirt. Deux pulvérisations suffisent : au-delà, Opium comme Boss Bottled deviennent vite envahissants au bureau.

