Notre lecture
Comment sent Coco ?
En 1984, Jacques Polge signe son premier grand féminin pour Chanel et puise dans l’univers intime de Gabrielle Chanel : ses paravents de Coromandel, ses objets précieux, son goût pour l’Orient rêvé. Coco s’ouvre sur une mandarine et une pêche veloutées, relevées de coriandre. Le cœur est une floraison épicée : jasmin et rose chauffés par le clou de girofle, qui donnent une texture presque confite. Le fond, santal crémeux, fève tonka et ambre, installe une chaleur ronde et poudrée, très enveloppante. Plus dense et plus théâtral que N°5, Coco est un oriental épicé de caractère, à la fois somptueux et parfaitement tenu.
Quand le porter
Il se prête aux soirées d’hiver et aux grandes occasions. Il plaît aux femmes qui aiment les orientaux luxueux et affirmés.
L'histoire de Coco
Coco sort en 1984, six ans après l’arrivée de Jacques Polge comme parfumeur de la maison Chanel. Le contexte compte. Opium d’Yves Saint Laurent a lancé en 1977 la vague des grands orientaux épicés, et Poison de Dior arrivera l’année suivante avec la même ambition. Chanel répond avec sa propre version, plus tenue, rattachée à Gabrielle Chanel par son prénom même. La publicité la plus célèbre date de 1991. Jean-Paul Goude y filme Vanessa Paradis en oiseau, perchée sur une balançoire dans une grande cage, et l’image reste attachée au parfum depuis. En 2001, Coco Mademoiselle reprend le nom pour une version bien plus fraîche, chyprée et patchoulie, signée elle aussi par Polge. Elle est aujourd’hui plus connue que l’original auprès du grand public. Coco Noir suit en 2012, plus sombre et plus boisé. L’original n’a jamais quitté le catalogue. On le croise surtout chez celles qui aiment les orientaux des années 1980 et qui le portent depuis longtemps.
Notre avis détaillé
L’attaque est plus fruitée qu’on ne l’imagine. La pêche et la mandarine donnent une rondeur de fruit mûr et la coriandre ajoute un léger poivre vert. Il faut attendre vingt minutes pour que le clou de girofle monte et colore le jasmin et la rose. À ce stade Coco sent l’œillet épicé et la confiture de fleurs, avec une densité que peu de parfums actuels osent encore. Les heures suivantes sont les plus belles. Le santal, la tonka et l’ambre forment un fond chaud et poudré, un peu résineux, qui tient sur la peau comme un tissu épais. Nous admirons la construction : aucune note ne dépasse. Le revers est une impression de parfum d’une autre époque, qui fait vite daté si on force la dose. Dans une pièce chauffée il devient envahissant. Il ira aux amatrices d’Opium, de Shalimar et des grands orientaux, à condition de savoir se contenter d’une goutte. Celles qui aiment les parfums frais et transparents le trouveront étouffant.
Coco face à ses rivaux
Opium d’Yves Saint Laurent est son aîné direct et son plus proche cousin. Mandarine et clou de girofle, jasmin et rose, santal et ambre : la liste est presque identique. Opium ajoute la prune, l’œillet et la vanille, et il sent davantage la résine et l’encens. Coco est plus lisse, plus poudré, plus parisien. Choisissez Opium pour un oriental sombre et spectaculaire, Coco pour la même chaleur avec plus de retenue. Poison de Dior partage la coriandre et le duo jasmin et rose, ainsi que le santal et l’ambre. Sa prune et sa tubéreuse le rendent pourtant plus sucré et presque narcotique. Il est aussi nettement plus diffusif, à réserver à qui assume de remplir une salle. Chez Chanel même, Allure garde la pêche et la mandarine, ainsi que le duo jasmin et rose. Il n’a aucune épice. Son fond de vanille et de vétiver en fait une version de jour de la même famille de goûts, bien plus facile au bureau.
Tenue, sillage et usage
Puissant, Coco se dose à la goutte près. Comptez de huit à dix heures sur peau pour l’eau de parfum, souvent davantage sur la laine, avec un sillage marqué pendant les deux ou trois premières heures. Une à deux pulvérisations suffisent : à la base du cou ou derrière les oreilles, voire une seule au creux du coude pour un effet plus intime. À trois, il domine un dîner. On le réserve à l’automne et à l’hiver, pour le soir, l’opéra ou une grande occasion. Par temps chaud le clou de girofle et l’ambre s’alourdissent et le parfum perd son élégance.
Classé dans la famille oriental / ambré, épicé , Coco fait partie des 13 créations de Chanel présentées dans notre encyclopédie.