Parcours : trente-sept ans chez Chanel
Jacques Polge entre chez Chanel en 1978 et succède à Henri Robert. Il devient ainsi le troisième parfumeur maison de l’histoire de la marque, après Ernest Beaux et Henri Robert. Il y restera jusqu’en 2015, date à laquelle son fils Olivier prend la relève. Sa première grande création féminine pour la maison, Coco, sort en 1984. Suivent Allure en 1996, Coco Mademoiselle en 2001 et Chance en 2002, qui parlent à une clientèle plus jeune. Côté masculin, Allure Homme Sport en 2004 puis Bleu de Chanel en 2010 prolongent cette ligne. Avec Christopher Sheldrake, il développe aussi la collection Les Exclusifs, dont Coromandel fait partie depuis 2007. Ce long mandat explique la cohérence de sa page : un même goût pour les constructions nettes, sans aspérité inutile. Peu de parfumeurs ont tenu aussi longtemps la plume d’une seule maison.
Style : le patchouli propre et la retenue
Le fil le plus net de cette page, c’est le patchouli. Coco Mademoiselle, Chance et Coromandel le placent au centre, mais toujours nettoyé et sans l’odeur de cave des patchoulis des années 1970. Polge l’associe aux agrumes et au vétiver pour obtenir une sensation de propreté chic. La vanille revient aussi en fond d’Allure, de Coco Mademoiselle et de Chance, toujours avec une main légère. Ses masculins suivent la même logique. Bleu de Chanel pose ses agrumes et son gingembre sur le santal et l’encens, Allure Homme Sport joue l’orange et la tonka. Rien ne déborde : aucune création de la sélection ne dépasse 4 sur 5 en intensité. C’est sa force et sa limite. Allure et Bleu de Chanel nous paraissent parfois trop consensuels, et Chance a été tellement imité que son patchouli pétillant semble familier. Seul Coco, avec ses épices et son ambre, montre un Polge plus opulent.

